Le 35, Régiment Interarmes, à AUCH 1er juin 1971 au 1er juillet 1974...


Au début des années 1970, s'engage une réflexion profonde sur le rôle et l'emploi des armées mais aussi pour faire "la chasse aux effectifs" entraîne, comme aujourd'hui, un remodelage de certaines unités où les appuis feux des forces terrestres se retrouvent au coeur du débat. Déjà à cette époque, comme aujourd'hui, les appuis et l'artillerie en particulier avaient perdu de leur prestige puisque très peu employés dans les interventions, en particulier africaines. Paradoxalement, au moment ou ces régiments disparaissent, l'on s'aperçoit que l'on pourrait en avoir besoin !....

A la fin 1970, ces nouveaux concepts d'emploi des forces terrestres, marquée par une recrudescence des interventions extérieures, vont avoir pour conséquence directe la modification des structures de la 11° Division Parachutiste afin de la rendre plus souple d'emploi tout en donnant aux 1ère et 2ème brigades une autonomie plus grande dans l'action



En 1971, cette réorganisation entraîne donc la création de deux régiments interarmes d'appui des deux brigades (le 1er RHP et le 35ème RAP) qui n'auront heureusement qu'une durée éphémère. Il en résulte la dissolution du 17ème RGAP, alors à Castelsarrasin avec la répartition d'une partie de ses moyens dans deux grosses compagnies au 35 et au 1er. L'Etat Major de la 2ème brigade venant s'installer au quartier Soult à Tarbes, le 35ème RAP va donc déménager au quartier Espagne à Auch en prenant l'appellation de 35ème RA pour de sombres histoires de "traditions" de l'arme.

Dans la soirée du 7 mai 1971, sous la présidence du préfet des Hautes-Pyrénées, une délégation d'officiers et de sous-officiers du «35» conduite par le colonel FAULLE est reçue par la municipalité tarbaise pour des adieux empreints d'émotion. Le lendemain, tout à la fois commémoration du 8 Mai 1945 et cérémonie d'adieux, le 35ème RAP est rassemblé au quartier Soult, puis sur les allées Leclerc, pour sa dernière sortie dans cette bonne ville de Tarbes. Hormis les personnalités officielles, on remarque, pour l'une de ces toutes premières sorties, l'Amicale créée tout récemment sous l'impulsion du colonel FAULLE chef de corps.

L'EXPERIENCE DU REGIMENT D'ARTILLERIE INTERARMES

Dès le début de l'année 1971, le régiment se prépare aux modifications de ses structures. La batterie antiaérienne et la 3ème batterie seront dissoutes et les personnels répartis, en particulier, dans les deux nouvelles 1ère et 2ème batterie créées sur la base d'une section de commandement et de deux sections de tir de trois pièces de 105 italien modèle 14/56. Dès le mois d'avril, la 1ère batterie participe sous ses nouvelles structures aux manœuvres de la 1ère BP (ex 20°BAP) au camp de Caylus.
A partir du 10 mai 1971, alors que la 2ème Batterie du capitaine d'HERVÉ restée à Tarbes passe au 1er RHP au quartier Larrey, la 1ère batterie du capitaine Jean-Robert MOREAU rejoint sa nouvelle garnison à Auch. Les modalités de déménagement se poursuivent durant tout le mois de mai pour aboutir le 1er juin 1971 à la création du nouveau régiment. Le 35ème Régiment d'artillerie interarmes, issu du 35ème Régiment d'artillerie dont il conserve l'étendard et l'appellation est créé (DM 3833/DN/EMAT/1.0CD du 29 avril 1971). Implanté à Auch (quartier Espagne) avec son Groupement d'Instruction à Montauban (quartier Doumerc), il appartient à la 1ère Brigade parachutiste de la 11ème DP. Il comprend alors :
  • la Batterie de Commandement et des Services: 13-38-133
  • la 1ère Batterie de tir: 08-25-145
  • a 2ème Compagnie du génie: 06-30-173
  • le 3ème Escadron de reconnaissance: 07-27-109
  • la base: 02-09-25
  • le Groupement d'Instruction: 08-22-29 (permanents)
Le 5 juin, sous la présidence du général MARTY (ancien CDC du 35), commandant la 1ère BP, ont lieu une prise d'armes et un défilé au quartier Espagne pour l'installation du 35ème RA à Auch. Au cours de la cérémonie, en présence des autorités civiles et militaires, la fourragère du régiment est remise à l'escadron de reconnaissance (qui garde la hongroise) et à la compagnie du génie.
La Batterie de Commandement et des Services est commandée par le capitaine Jean-Michel MOREAU alors que le Groupement d'Instruction de Montauban est alors commandé par le capitaine de MONTS de SAVASSE puis par le CEN HUARD.


Remise de la fourragère à la compagnie de génie Le LTN LESPEZ (Bie de tir) face au LTN MOUTON
La BCS, composée essentiellement d'artilleurs, elle a les mêmes structures et les mêmes fonctions que dans toutes unités de commandement régimentaires. Quelques cavaliers et sapeurs y servent en particulier au bureau opérations – instruction où se trouve un officier supérieur, conseiller technique de chaque arme.
La 1ère batterie, aux ordres du capitaine Jean Robert MOREAU, puis du capitaine BURTSCHELL, comme la 2 au 1er RHP, est passée de 4 à 6 pièces et possède des structures nouvelles pour l'époque avec une section de commandement, deux sections de tir à 3 pièces de 105 14/56 pouvant travailler en centralisé ou décentralisé puisque chacune possédait un EPT et un ERT (préparation des tirs et reconnaissance topographique) et une section de défense rapprochée avec 4 jeeps armées d'AA 52 et de LRAC. De plus, elle dispose de deux 105 HM2 pour l'instruction préparatoire aux exercices et intervention outre mer. Dans sa version lourde, les tracteurs de pièces sont encore nos bons vieux GMC alors que dans la version aéroportée, les tracteurs sont nos bonnes vieilles JEEP.
L'escadron de reconnaissance,
commandé par le Capitaine BERNARD avec pour officier adjoint le LTN BURGER qui lui succèdera par la suite. , l'escadron a rejoint AUCH et le quartier Espagne au début du mois de juin 1971. Son ordre de bataille était le suivant :

  • 1 Peloton de Commandement sous les ordres de l'ADJ VIDAL
  • 3 Pelotons de reconnaissance à 5 jeeps (1 Cdt + 2 patrouilles de 2 Jeeps) commandés par les LTN BOURNAUD, MONTAGUT, et LEBRUN
  • 1 Peloton Anti Chars (PAC) , commandé par le SLT RABASSE à 13 jeeps (1 Cdt + 3 groupes de tir à 4 jeeps dont 2 ENT AC)
  • 1 Peloton d'Orienteurs Marqueurs Baliseurs (POMB) Commandé par le LTN LACHARME

Par ailleurs, le séjour de l'escadron à Auch a été marqué par un nombre important d'exercices de nuit. Dans une première période, il a participé activement avec son POMB à l'entraînement des pilotes de Puma SA 330 dans le marquage pour les atterrissages de nuit. Ce fut une occasion pour le capitaine commandant d'organiser au profit des pelotons de nombreux exercices à dominante commando. Les pelotons étaient déposés à la tombée de la nuit dans des zones balisées pour s'infiltrer exécuter des coups de main ou des sabotages à partir de dossiers d'objectifs minutieusement préparés. Avant l'aube, les «Pumas» venaient exfiltrer les pelotons sur d'autres zones balisées par le POMB.


le 3ème Escadron du Cne BERNARD
Dans une deuxième période, suite aux directives de la Brigade Parachutiste, toutes les activités d'instruction ou d'entraînement de l'escadron mais aussi du régiment devaient être organisées de nuit à l'occasion des séjours en camp, c'est ce que nous avons appelé la "Nocturisation". Et ce à tous les niveaux. Il a fallu trouver de petites astuces dans la mesure où les moyens de vision nocturne étaient inexistants. Il est certain que les nuits de pleine lune étaient attendues avec impatience. Après quelques jours à ce régime, la fatigue se faisait sentir et les gestes devenaient moins surs. Cependant les séjours en camp n'étaient pas assez longs pour enregistrer une adaptation significative.

De cette affectation, les cavaliers ont retenu en particulier la parfaite entente qui a régnée entre les trois armes représentées au sein du régiment. Ils ont apprécié leur liberté d'action et les moyens suffisants mis à leur disposition pour conduire leur instruction et leur entraînement. Ils ont pu également s'initier à l'observation des tirs. D'ailleurs, à l'occasion d'une campagne de tir au Larzac, les cadres de l'escadron furent invités à déclencher un tir au 105. Le diplôme qui leur fut remis mentionne:
« Messire …..... , preux de notre suite, fit partir une de nos bouches à poudre. Il n 'y montra guère trop d'effroy Saint Michel et Sainte Barbe nos patrons nous en porte témoignage….. »
La compagnie de génie,
aux effectifs très importants (6/30/173), a rejoint Auch sous le commandement du capitaine NUGUES-BOURCHAT, ensuite commandée par le capitaine CHOMPRET qui lui a succédé en 1972.

Le LTN MOUTON au bord du Tarn à Castelsarrasin
Elle se composait d'une petite section de commandement, de 4 sections de combat génie aux ordres des LTN CARJUZAA, MOUTON, du SLT ALBERT et de l'ADC DUFRECHOU.et d'une section équipement-pontage aux ordres de l'ADC CLAMENS.

Elle était équipée du tracteur niveleur CD6, du tracteur niveleur sur pneu CR 8, de deux tracteurs chargeurs Michigan d'un compresseur Leroy et de passerelle d'infanterie et de portière. La compagnie entretenait deux fois par an, pendant plus d'un mois, ses activités d'instruction spécifiques pour ses enginistes et ses pontonniers à Castelsarrasin avec le 31ème RG. D'autre part, elle était engagée pour les exercices de brigade et travaillait aussi au profit du régiment pour des exercices plus rustiques comme le raid régimentaire "Aveyron" avec de nombreux franchissements dont celui dit "trou du renard" et dont certains se souviennent encore tant l'angoisse était forte au milieu du long boyau …. d'une cinquantaine de mètres environ.
Une expérience particulière
Pendant trois ans, le 35ème RA va vivre une expérience qui s'avèrera peu concluante: éclatement du régiment pour des missions particulières à chacune de ses composantes, cohésion rendue difficile par les origines mêmes des personnels qui le composent, affaiblissement des moyens par la dispersion. Autant de difficultés qui rendent très difficile le commandement d'une telle unité. C'est dans ce contexte délicat que se déroule, le 13 juillet 1971, la cérémonie au cours de laquelle, le général Marty, commandant la 1ère BP procède à la passation de commandement entre le lieutenant-colonel FAULLE et le lieutenant-colonel CREUX qui lui succède.

Djibouti, pièce du MDL Durand


Djibouti, EPT: Ltn Lafferrèrre, Mch Cortès et Passelaigue


Durant les mois et les deux années qui suivent, les paras du «35», artilleurs, sapeurs et cavaliers poursuivent leur instruction et leur entraînement de façon réaliste et appuyée. On les retrouve à Mont-Louis ou dans les CEC et en montagne, les séjours en camp, les écoles à feu, parcours de tirs ABC, se succèdent à un rythme soutenu; il n'est guère d'exercice ou de manoeuvre de la 11ème DP auxquels ne participe pas une unité du Régiment. L'instruction TAP n'est pas oubliée et les hommes sautent régulièrement, près de douze sauts par an; l'expérimentation de la livraison des feux par la troisième dimension se poursuit avec les hélicoptères de manoeuvre SA 330 Puma et les C160 Transall qui, peu à peu, remplacent les Nord 2501 en fin de potentiel.
C'est aussi l'époque ou le COTAM reçoit, pour expérimentation, 4 Bréguets 941. Les TAP et le régiment en ont la primeur. Exercices majeurs, largages, poser d'assaut sur un terrain de football sont les caractéristiques de ce mini Transall tout terrain et avion extraordinaire malheureusement abandonné par la suite.

La B1 du Cne BURTSCHELL au Tourmalet Avec les Ltn Zeller et Steff,Les Mdl Biason et Bertay tiennent le fanion

Bréguet 941 à Auch Lamothe
L'année 1973 sera plus particulièrement marquée par le Centenaire de la création du régiment. Cette commémoration donnera lieu, le 17 juin, à une importante cérémonie à Auch à laquelle seront associés l'amicale et tous les grands anciens qui ont fait le déplacement pour vivre ce jour exceptionnel. S'adressant aux personnels du Régiment, le lieutenant-colonel Creux dira :

Depuis hier, nous célébrons le centenaire de la création de notre Régiment. Il était bon que cet événement soit marqué par une prise d'armes, ici, en plein coeur de la Gascogne, sa garnison actuelle. Au cours de cette cérémonie : - le contingent 73/04 sera présenté à l'Etendard et recevra la fourragère aux couleurs de la Médaille Militaire ; - puis le Groupement instruction et l'Escadron de reconnaissance se verront remettre leur fanion respectif ; - enfin, le Régiment recevra des mains du Président national de l'association «Flandres - Dunkerque» une médaille commémorative pour sa participation aux combats de 1940".


100° anniversaire au quartier Espagne

Quelques semaines plus tard, le lieutenant-colonel Creux passe le commandement du 35ème RA, à qui il a donné une personnalité, au colonel CUQ qui poursuivra dans cette voie et amènera le Régiment à un haut niveau opérationnel. En 1974, l'expérience des régiments interarmes montre ses limites, mais les activités du 35ème RA sont toujours aussi importantes.
Dès le 2 janvier, 150 hommes du Régiment effectuent deux sauts, dont un de nuit sur la zone de saut de Fonsorbes alors que le 7 débute un stage du certificat militaire élémentaire destiné à former des brigadiers et que le 22, la batterie de tir se déplace à La Courtine pour des écoles à feu. A tour de rôle, les unités travaillent dans leur spécialité avec leur arme d'origine, puis au mois de mars, le régiment fournit à la manoeuvre Sardane, son POMB (SOGH) du LTN LACHARME (du 3ème escadron) et un état-major tactique avec l'escadron de reconnaissance du capitaine BURGER. Dans les mois qui suivent, les activités d'entraînement se poursuivent alors que se précise la fin de l'expérience des régiments interarmes.
Du 4 au 8 juin 1974, le 35ème RA effectue son dernier camp à Caylus en tant qu'unité interarmes d'appui de la 1ère Brigade Parachutiste. A la fin du mois, la restructuration du 35ème RA en régiment homogène est en cours, et du 24 au 29 juin, alors que le 17ème RGP est recréé à Montauban, le Groupement d'Instruction du capitaine VALENTI et du capitaine DROUARD fait mouvement de Montauban à Tarbes, sa garnisond'origine, cependant que la 2ème compagnie du génie du capitaine CHOMPRET quitte Auch pour Montauban.

Le 1er juillet, le 35ème RA est réorganisé, toujours à Auch en régiment d'artillerie homogène comportant une batterie de commandement et des services, trois batteries de tir, une batterie d'instruction (à Tarbes). Simultanément, le 3ème escadron quitte le 35ème RA pour retrouver le 1er RHP alors que la 2ème Batterie du 1er RHP rejoint le 35ème RA le 2 juillet. Après cette période particulière de son histoire, le régiment a besoin de retrouver sa cohésion et ses automatismes. De nombreuses activités TAP, des écoles feux, des exercices, des manoeuvres et surtout un camp de cohésion au Larzac du 1er au 11 octobre vont rassembler à nouveau les artilleurs parachutistes autour de leur Etendard.
RENAISSANCE DU REGIMENT D'ARTILLERIE PARACHUTISTE

Après la fin de l'expérience du régiment interarmes en 1974, le 35ème Régiment d'artillerie qui conserve provisoirement cette appellation, demeure encore près d'un an à Auch. L'année 1975 marque le début de la présence outre-mer du 35. Le 27 février, la 2ème Batterie du capitaine LEGRIX, forte de 4 officiers, 15 sous-officiers et 72 militaires du rang embarque à Toulouse-Francazal pour le Territoire Français des Afars et des Issas où elle va séjourner plusieurs mois au sein du 6ème RAMa.
Le jeudi 10 juillet 1975, après un intermède de quatre ans, les artilleurs parachutistes retrouvent avec un plaisir partagé par la population locale leur garnison de tradition de Tarbes. Puis, le 19 août, sous la présidence du général Le Borgne, commandant la 11ème DP, a lieu la passation de commandement entre le colonel CUQ et le lieutenant-colonel RODRIGUEZ, nouveau chef de corps. Enfin, pour clore cette année 1975, à son tour, le 19 novembre, la 1ère Batterie du capitaine LUREAU s'envole sur les traces de la B2 pour un séjour de quatre mois à Djibouti.

C'est seulement en 1976, que le Régiment retrouve son appellation de 35ème Régiment d'Artillerie Parachutiste et qu'il n'a plus quitté depuis.
"Après trois années d'interarmes le régiment retrouve ses structures d'artillerie et sa 2ème batterie en provenance du 1er RHP et recrée la 3ème batterie. Ces trois première années, si elles ne furent pas concluantes sur le plan opérationnel elles n'en furent pas moins des années très importantes et enrichissantes sur le plan humain avec des hommes provenant de trois armes très différentes mais qui ont su au départ cohabiter puis travailler en harmonie afin de former un outil de qualité.

il est sûr que le béret rouge des parachutistes nous a tous rapproché et a permis ce lien indispensable pour parvenir au résultat obtenu. Pour ceux qui ont vécu cette époque, artilleurs, sapeurs et cavaliers, il en est peu qui ne gardent pas un excellent souvenir de cette période particulière ou les capitaines, en particulier sapeurs et cavaliers, avaient une grande marge d'initiative. Pour ma part, je garde, comme beaucoup d'excellents camarades sapeurs et cavaliers, un excellent souvenir de cette période. Pour n'en citer qu'un, lui aussi président de l'amicale des anciens du 17ème RGP, le lieutenant aujourd'hui général MOUTON se souvient de ses plus belles années de lieutenant".

Merci au général MOUTON et au lieutenant colonel RABASSE pour leur aide bien précieuse.

Le président Bernard Delaval


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