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HISTOIRE : Il y a 100 ans...


1918, année de la victoire et d'un engagement sans faille pour le 35e RAC (1° partie)

En 1917, le Régiment s'est remarquablement comporté obtenant sa 3° inscription sur l'Etendard : La Malmaison. Il va poursuivre sur la lancée en cette année 1918, année de la victoire. De début novembre 1917 jusqu’au 13 mars 1918, le Régiment défend successivement deux secteurs du chemin des Dames, Allemant-Pinon, puis Vauxaillon-Coucy. Dans ce dernier secteur, un groupe de l’artillerie américaine lui a été adjoint, pour parfaire son instruction. Ce qui permet au 35e RAC d'apprécier la valeur et la générosité de ces frères d'armes venus d'outre-Atlantique. Le 35e RAC, après avoir travaillé au renforcement du front de Vauxaillon, est relevé mi-mars avec la 22e Division, et placé en réserve aux environs de Paris.

1918 : L'année de la victoire
Cette année 1918, qui va voir la victoire des Alliés, commence cependant bien mal. Les Allemands libérés du front de l’Est vont tenter de porter un coup fatal aux armées qui lui font face. Les Alliés ne peuvent prendre l’initiative des opérations, leurs forces étant insuffisantes face aux nombreuses divisions allemandes rapatriées du front russe. Ils se préparent donc à absorber le choc en renforçant leurs positions par des travaux destinés à maintenir en ligne le minimum de divisions et à disposer d’une réserve susceptible d’intervenir au profit des zones dans lesquelles les Allemands portent leur effort. L’ennemi attaquera-t-il en Flandre, dans la Somme contre les Anglais, ou en Champagne, sur l’Aisne, à Verdun contre les Français ? Il réalise des travaux sur tous les fronts et maintient les Alliés dans le doute.
Son commandement unique, confié au Général FOCH, est un atout indéniable pour réussir une attaque surprise. Du côté des Alliés, au contraire, aucun généralissime n’est nommé. Un commandement anglais, et un commandement français existent. Depuis le mois de novembre, à la suite du repli italien, un conseil de guerre interallié a cependant été créé à Versailles pour coordonner les opérations sur tous les fronts. Ce conseil interallié a décidé, après de longs échanges, que les Anglais étendraient leur front jusqu’à l’Oise. Ce mouvement est à peine terminé que se déclenche l’offensive allemande.

La première offensive allemande (Somme- Oise en mars 1918) Les Allemands ont opté pour le front de la Somme et de l’Oise, à la jonction des armées françaises et anglaises. Le 21 mars, le général Von Hutier attaque avec des forces conséquentes l'aile droite des armées anglaises. Acculées, celles-ci entraînent les armées voisines dans son mouvement de recul. Le 22 mars, la rupture du front anglais est réalisée : l’ennemi, lançant des divisions fraîches dans la trouée, va chercher à obtenir la rupture des liaisons franco-britanniques, en refoulant, d’une part, les Français dans la vallée de l’Oise, d’autre part, les Anglais en direction d’Amiens.
C’est selon l’axe Nesle-Roye-Montdidier, entre l’Avre et la Divette, que la trouée s’élargit en faisant peser un danger croissant sur les armées alliées. Le 35e RAC (revenu au sein de la 22e Division) va avoir l'honneur d'être appelé le premier pour éviter le pire. Les régiments d’infanterie sont embarqués en hâte et poussés vers le champ de bataille à l’ouest de Nesle. Le 35e RAC suit par voie terrestre, à marche forcée, et arrive le 25 mars au soir dans la région de Roye. La situation est assez sombre. A droite, l’ennemi vient de refouler les Français de Noyon, à gauche, les Anglais sont en pleine retraite dans la direction d’Amiens ; au centre, sur l’axe Nesle-Roye-Montdidier, où l’ennemi attaque, il ne reste que quelques cavaliers français, et de nombreux convois logistiques anglais qui encombrent les routes. Devant cette situation plus que délicate, le général FOCH, est chargé par les gouvernements de coordonner l’action des armées alliées sur le front de l’Ouest. Sous ses ordres, son ancien Régiment aura à cœur de se distinguer. Appliquant à la lettre les consignes du général, les artilleurs du 35e « tiennent et durent » sur l'axe Nesle – Roye – Montdidier.

Malgré le front aux dimensions impressionnantes, il faut à tout prix ralentir l’ennemi et maintenir la liaison entre les Français et les Anglais. Le 26 mars, ayant reçu des munitions pendant la nuit, le Régiment, en batterie au sud-ouest de Roye près de Beuvraignes, appuie les fantassins qui luttent pied à pied contre un ennemi très supérieur en nombre. Les tirs de barrage retardent l’adversaire en lui faisant subir des pertes sévères. Malgré ces efforts, Roye est enlevé et il faut se contraindre à aller prendre position à l’ouest de Tilloloy. Le 27 mars est une journée difficile : en batterie près de la route Roye-Montdidier, bien que soumis à des tirs d’une rare violence, les groupes appuient une contre-attaque sur Roye, sans succès, car les troupes ennemies viennent encore d’être renforcées. L’ennemi déclenche vers 11 heures une attaque d’envergure sur Tilloloy, s’en empare et progresse en force en direction de Montdidier.

L’infanterie française est bousculée, les renforts tardent à arriver, le danger est grand.
C’est à l’artillerie qu’il revient de maintenir l’ennemi à distance. Ayant tiré près de Tilloloy jusqu’au dernier moment, les batteries parviennent à se replier non sans mal vers Fescamps. Une nouvelle fois, le sang-froid des officiers, des sous-officiers et des canonniers leur permet de se remettre en position sur le plateau découvert au sud de Faverolles, près de la route de Montdidier. Le 28 mars, après une brève accalmie, le 35e RAC est mis à la disposition de la 70e DI qui relève la 22e DI décimée. Assauts et contre-attaques se succèdent jusqu'au 30 mars. Le 35e RAC n'hésite pas à s'engager à courte distance et en terrain découvert malgré le feu ennemi et les pertes qui en découlent. Dans la nuit du 30 mars au 1er avril, les Allemands attaquent sur un front de 60 kilomètres entre Lassigny et Moreuil. Le 1er avril, le « 35 » contribue par ses feux à l'échec de cette offensive. Il est ensuite relevé, épuisé par ce combat ininterrompu. L’ennemi se manifestant les jours suivants plus à l’est, dans la région d’Orvillers-Sorel, un nouvel effort est demandé au Régiment.

Mis à la disposition de la 38e Division pour l’occasion, il contribue jusqu’au 4 avril à briser les derniers soubresauts de l’attaque ennemie. Le Régiment a fait preuve dans ces durs combats des plus belles qualités techniques et tactiques. Son habileté, son audace et sa ténacité ne furent mises en défaut à aucun moment. Son moral ne faiblit pas, même dans les moments les plus critiques. Il ne recula devant aucun sacrifice. Pendant ces combats, les maréchaux des logis Deloux, Garoche, Le Guernevé, Malary, Tanguy, les brigadiers et les maîtres-pointeurs Chatellier, Noc, Barreau, le Roy, Coudrais, Pillet, les canonniers conducteurs et canonniers servants Feuillafee, le Squere, Annic, Rolland, Le Brusq, Lebreton, Druais, Lemay, Viaud, Bardot, Peron, Barach, Le Roy, Martin, Kervroedan, Boisson, Fortun perdirent la vie. Les lieutenants et sous-lieutenants Calabre, Malval, Renaus, Khan quant à eux furent blessés. Les actes de dévouement sont nombreux, comme celui du canonnier Pochat qui, allant volontairement relever ses camarades blessés, est mortellement atteint, ou comme le Père Tanguy, qui perd la vie en allant accomplir son ministère, sous le feu. Le 35e RAC peut être fier d'avoir joué un rôle déterminant lors de cette offensive allemande de 1918. En 10 jours, l'irruption des forces ennemies dans nos lignes est anéantie, la liaison franco-britannique est fermement maintenue et un mur infranchissable est établi sur la ligne Montdidier-Noyon, barrant aux allemands la route de Paris.

Ces hauts faits lui valent une quatrième inscription sur son Etendard : Noyon 1918
Le 35e RAC est cité à l'ordre de l'armée par le général Gouraud, commandant la IVe Armée et se voit attribuer le droit au port de la fourragère aux couleurs du ruban de la croix de guerre 1914 – 1918.

Ordre de l’armée n° 409 du 15 mai 1918. « Régiment d’élite, dont les récents combats ont affirmé à nouveau le sentiment du devoir et l’esprit de sacrifice. Engagé dans la bataille après deux jours de marche forcée, a donné sous les ordres du lieutenant-colonel Julliard, à l’infanterie de la D.I. un concours ardent de tous les instants. A retardé l’avance de l’ennemi dont il a décimé les colonnes serrées, s’est replié par échelons dans un ordre parfait, et grâce au sang-froid de ses canonniers, avec tout son matériel. Après cinq jours de lutte violente en couverture, s’est déployé en terrain découvert, a subi stoïquement de violents tirs de contre-batterie et brisé par ses barrages les assauts de l’ennemi ».

Le colonel Julliard reçoit en outre une lettre de reconnaissance du général, commandant l’artillerie de la 50e Division Britannique.

« Au 35e Régiment d'Artillerie ». « le Général Commandant l’Artillerie de la 50e Division Britannique, en son nom, au nom de ses officiers, et des unités placées sous ses ordres, est heureux d'adresser au 35e Régiment d'Artillerie ses plus chaudes félicitations à l'occasion de la nouvelle citation à l'ordre des armées françaises qui vient d'être décernée à ce régiment et lui vaut l'honneur de porter la fourragère. Le général tient à dire au 35e Régiment d’Artillerie, combien l’artillerie de la 50e Division est fière de sa voisine française et considère comme un honneur de combattre à ses côtés ».
Le Régiment a bien besoin de panser ses plaies et de recevoir des renforts en hommes et en chevaux. Il est soustrait du front et envoyé dans la région d’Attichy. Moins de 15 jours plus tard, avec le ressort qu’on lui connaît, le Régiment, est inopinément envoyé à l’autre extrémité du front de l’armée, où était envisagée une des attaques surprises allemandes du Chemin des Dames ; alerté le soir, il quitte par une nuit noire la région d’Attigny et atteint au petit jour la région de Vauxtin où il se met immédiatement en position. L’ennemi ne bouge pas, ce qui vaut au régiment d’être déployé le 17 avril dans le secteur d’Oeuilly, au Chemin des Dames, sur un terrain où il revient pour la troisième fois.

NDLR : Suite et fin de l'année 1918 sur bulletin N° 129
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